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Tout sur... Céline Bolduc

La communauté Bungie s’étend au-delà des frontières, désormais tant géographiques que linguistiques. Ce sont des joueurs passionnés, de partout dans le monde, qui se réunissent ici pour parler le langage universel de l’action et de l’aventure. Avec le temps, nous avons réalisé que c’était maintenant à notre tour de faire un effort au niveau de la communauté et d’apprendre à parler la langue de ceux et celles qui, si chaleureusement, nous invitent à jouer un rôle dans leur quotidien et qui, jusqu’à maintenant, devaient, pour prendre part à l’action, adopter une langue qui n’était pourtant pas la leur. Nous avons ainsi mis sur pied une équipe de localisation et avons confié à ses membres la noble tâche de faire de Bungie.net un endroit accueillant pour quiconque se sent plus à l’aise dans la langue de Goethe, de Cervantes, de Dante, de Camões ou de Molière que dans la langue de Shakespeare. Et afin que la communauté francophone se sente ici comme chez soi, nous employons les talents de cette gente dame.

Qui êtes-vous, et que faites-vous chez Bungie ?

CB : Mon nom est Céline Bolduc et je suis responsable de la localisation française chez Bungie. En tant que membre de l’équipe de localisation, mon job consiste à réviser la traduction française du jeu et des messages qui sont publiés sur les réseaux sociaux, ainsi qu’à traduire le contenu du site web et des applications mobiles.

Bonjour* ! En quoi votre contribution aura-t-elle un impact sur la manière dont les gens joueront à Destiny ?

CB : Mon boulot consiste à m’assurer que les joueurs qui choisiront de jouer à Destiny en français auront une expérience tout aussi complète et extraordinaire que celle qu’auront les joueurs qui choisiront plutôt d’y jouer en anglais, dans sa version originale. On oublie souvent que le fait de pouvoir jouer au jeu, bien que ce soit un élément primordial, j’en conviens, ne constitue pas la seule expérience que l’on fasse d’un jeu, à titre de joueur. L’accès à une information juste et complète, que ce soit en jeu ou hors-jeu, est tout aussi important que le jeu lui-même, au niveau de l’immersion. En ce sens, à moins que vous ne parliez français, les chances que vous puissiez profiter des fruits de mon labeur sont plutôt minces.

On peut prévoir une quantité impressionnante de contenu en lien avec Destiny et avec cette expérience dont vous parlez. Serez-vous seule pour affronter cette montagne de traduction à venir, ou pourrez-vous compter sur l’aide de précieux collaborateurs ?

CB : C'est une équipe de talentueux traducteurs qui a la charge de la traduction du jeu. Ils accomplissent un travail énorme et tout à fait remarquable. Mon rôle, au niveau de la relecture et de la révision de leur travail, est de m’assurer qu’une fois que toutes les pièces auront trouvé leur place dans cet immense casse-tête de traduction, le résultat final est aussi stupéfiant que le portrait original, et ce, même si vous ne parlez pas anglais. 

Tout ceci semble être un travail très exigeant, voire épuisant ! Que faites-vous pour vous changer les idées, une fois la journée terminée ?

CB : On pourrait croire qu’après avoir lu toute la journée, la dernière chose que j’aurais envie de faire une fois chez moi serait de lire encore, mais non, c’est tout le contraire ! La lecture occupe une place très importante dans ma vie, même à l’extérieur du studio ! Après tout, un livre constitue le meilleur compagnon de voyage qui soit. Il peut accélérer ou ralentir le temps. Il peut repousser les limites de l’univers au-delà de notre dimension, ou le réduire à un point tel qu’il pourra aisément tenir au creux de votre main. Avec un livre, les possibilités sont infinies.  

Votre passion pour la prose est palpable. Avez-vous toujours eu un lien aussi fort avec le monde littéraire ?

CB : Plus jeune, je rêvais de devenir écrivaine, mais les mots me manquaient. Je crois que ma position chez Bungie m’offre le meilleur des deux mondes : j’ai ici la chance de travailler sur une œuvre d’art et de fiction, en donnant vie aux mots des autres. C’est génial.

Quel a été votre parcours académique ? Utilisez-vous encore aujourd’hui des outils que vous avez acquis au cours de votre formation ?

CB : Au cours de mes études secondaires, au Québec, j’ai réalisé que j’étais beaucoup plus douée pour l’analyse que je ne l’étais pour la création. La tête remplie d’idées et le cœur débordant de bonnes intentions, j’ai opté pour un programme axé sur les sciences humaines et la politique au niveau collégial. J’ai obtenu mon diplôme d’études collégiales en sciences humaines, avec une spécialisation en économie et politique européenne. Malheureusement, après deux années intenses, la passion n’était plus au rendez-vous. Je suis donc retournée à mes anciennes amours et ai obtenu mon baccalauréat en études littéraires. J’ai ensuite entrepris la rédaction de mon mémoire de maîtrise, dont le sujet portait sur la littérature de science-fiction, mais ne l’ai jamais déposé. Destiny étant un merveilleux monstre de science-fiction et de fantaisie, je crois pouvoir affirmer sans me tromper que tout ce que j’ai pu apprendre au cours de mon parcours académique me sert encore aujourd’hui. 

Tous ces sujets semblent captivants, vraiment ! Pouvez-vous nous expliquer comment, exactement, un tel bagage académique vous est utile à l’extérieur des murs d’un établissement scolaire ?

CB : En fait, j’ai toujours été intéressée par les langues et leur évolution. J’ai eu la chance de fréquenter une école secondaire où l’enseignement du français, de l’anglais et de l’espagnol était obligatoire. Encore jeune, j’étais déjà fascinée par toute la mécanique qui se cache derrière le fonctionnement d’une langue, de sa grammaire et de son orthographe. C’est donc tout naturellement que j’en suis éventuellement venue à étudier le latin, le russe, le finnois, le polonais, l’allemand, le suédois et le norvégien. 

Comme on peut s’y attendre, je ne maîtrise pas parfaitement toutes ces langues. Par contre, ma connaissance et ma compréhension de leur structure et fonctionnement sont ce qui m’a permis d’obtenir un poste de correctrice et de traductrice débutante à la pige chez l’un des plus grands cabinets d’audit, de conseil et d’expertise comptable à Montréal. Ce sont mes connaissances et compétences linguistiques qui m’ont ouvert les portes de l’entreprise. J’ai ensuite rapidement été promue au poste d’adjointe à la coordination aux services de traduction. C’est là, auprès des meilleurs du milieu, que j’ai pu tout apprendre au sujet de la coordination et de la gestion de projet, en plus de me familiariser avec tous les éléments qui doivent être pris en compte dans un projet de traduction, du début à la fin, en passant par les échéanciers impossibles et tous les obstacles inimaginables qui se dresseront sans aucun doute sur votre route et que vous devrez contourner pour livrer un produit de qualité. Cette connaissance du milieu de la traduction est une corde que je suis bien heureuse d’avoir à mon arc, maintenant que je suis dans le domaine de la localisation de jeux vidéo.

La distance qui sépare le milieu financier de celui de la création de jeux vidéo semble insurmontable, à première vue. Comment l’avez-vous franchie ?

CB : Quand j’ai postulé chez Bungie, je vivais encore à Montréal. En raison de la distance et de la différence de fuseau horaire, je savais qu’il me serait difficile de faire un suivi de ma candidature auprès du responsable du recrutement. J’ai donc redoublé d’efforts au niveau de ma lettre de motivation, expliquant en détail comment j’étais, selon moi, la meilleure candidate pour le poste et comment mes qualités pourraient être mises au profit de Bungie. L’entreprise ayant porté fruit, j’ai accédé à la seconde étape du processus, celle des examens écrits, que j’ai passés avec brio. C’est à ce moment que j’ai vraiment réalisé que j’étais bel et bien dans la course pour l’obtention du poste, et je me suis faite de plus en plus persistante au niveau du suivi de ma candidature. Aujourd'hui, avec le recul, il semble que tout ce stress et cette excitation en aient bien valu la peine !

C’est bien connu : notre processus de recrutement requiert que chaque candidat fasse à la fois preuve de persistance et de détermination. Dans votre cas, ces deux qualités ont été récompensées par l’obtention d’une entrevue pour le job. Et ce n’est pas un secret que, chez Bungie, ces entrevues peuvent durer une journée entière. Quelle fut, pour vous, la partie la plus difficile de cette aventure vous ayant mené aux portes du studio ?

CB : Je dirais que le plus grand défi fut très certainement de faire bonne impression et de répondre de manière intelligente et réfléchie à toutes ces questions qui m’étaient posées, et dont la plupart n’avaient rien à voir avec la traduction ni la localisation, le tout en tentant de combattre le décalage horaire. 

Je suis sérieuse : ce fut pour moi une expérience absolument surréelle. Du jour au lendemain, je suis passée d’un cul-de-sac professionnel à entrevue dans l’un des studios les plus respectés de l’industrie du jeu vidéo. J’avais peur de gaffer, ou pire encore, de me réveiller et de réaliser que tout ça n’avait été qu’un rêve. C’était une situation tellement inattendue que j’avais du mal à me convaincre que ça m’arrivait vraiment. Moins de 36 heures plus tard, j’étais de retour dans le confort de mon appartement montréalais, à me pincer et à me demander si tout ceci était bien réel.

C’était bien réel, croyez-moi ! Vous avez d’ailleurs une montagne de mots français qui s’accumulent devant vous, comme preuve de votre succès. Malgré la hauteur de cette montagne de travail à abattre, qu’est-ce qui fait que l’ascension en vaut la peine ?

CB : La chance de pouvoir travailler avec des centaines de personnes particulièrement intelligentes et dont le but est le même : celui de créer un jeu exceptionnel. De pouvoir voir toute cette matière grise travailler dans un but commun et être transformé en quelque chose de concret, de tangible, est absolument fantastique. Il n’y a pas un jour qui passe sans que je n’apprenne quelque chose de nouveau. Et pourtant, personne ne se prend trop au sérieux : il semble que l’équilibre parfait ait été trouvé et que nous puissions passer des journées entières à plaisanter, tout en donnant le meilleur de nous-mêmes. 

Qu’est-ce qui rend vos journées plus agréables, au studio ?

CB : L’ambiance générale qui règne au studio fait en sorte que Bungie est une place où il fait bon d’être, et ce, même quand vous devez répondre à des délais serrés. Les gens ici sont tellement motivés à l’idée de créer quelque chose de grandiose que, même quand vous êtes sous une tonne de pression, il y a toujours quelque chose pour vous rappeler à quel point vous avez de la chance d’appartenir à cette équipe, que ce soit un comptoir débordant de viennoiseries le vendredi matin, ou encore un groupe de collègues qui se rassemble dans la salle de jeux au rez-de-chaussée pour jouer aux grands classiques des jeux vidéo.

Outre l’aspect multilingue de votre job (un concept plutôt inconcevable pour l’Américain moyen), quel est le plus grand défi que vous ayez à relever dans le cadre de vos fonctions ?

CB : Je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas parfois un peu angoissée à l’idée d’être la dernière barrière qui existe entre Bungie et le reste du monde francophone. Bien sûr, il y a un côté assez agréable au fait de pouvoir avoir le dernier mot sur une traduction. Par contre, cela veut aussi dire que si je fais une erreur, il n’y aura personne pour la corriger. Je sais bien que l’erreur est humaine, mais je suis terrifiée à l’idée de décevoir la communauté francophone.

Croyez-moi, nous le sommes tout autant. Nous avons été accueillis si chaleureusement lors de notre séjour en territoire français, à l’occasion de la Paris Game Week, nous tenons à leur rendre la pareille, à notre manière, bien entendu. Ceci dit, y a-t-il un moment au cours duquel vous avez eu la confirmation que la communauté était reconnaissante envers votre travail ?

CB : Il y a quelques mois, tout juste après le lancement de la version multilingue de Bungie.net, j’ai reçu un message de la part de DeeJ. [NDR : Ça alors! C’est moi!]

Si je me souviens bien, le titre du message consistait en un simple point d’interrogation. Le contenu du message, lui, correspondait à un billet rédigé en français, par un membre de la communauté, qui exprimait toute sa joie de pouvoir enfin accéder à toute l’information publiée sur Bungie.net, dans sa langue maternelle. Après les efforts considérables qu’avait requis la localisation du contenu du site web, je ne trouve pas de mots pour exprimer toute la joie et fierté que j’ai alors ressentie : c’était vraiment merveilleux de recevoir un commentaire aussi positif, aussi sincère, de la part d’un membre actif de la communauté.  

Cette question pourra vous paraître étrange, considérant la quantité impressionnante de langues que vous avez étudiées, mais puisque chaque employé chez Bungie se doit de toujours vouloir repousser les limites de ses connaissances, comment comptez-vous continuer à vous améliorer ?

CB : Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour m’assurer que mes connaissances sont toujours d’actualité. Il y a bien longtemps que je n’ai pas été submergée par tout ce qui peut toucher de près ou de loin à la science et à la science-fiction. Destiny, c’est l’occasion rêvée de m’y remettre. Je souhaite que le jeu ait, au fil du temps, un impact majeur sur la culture francophone, un peu comme l’ont eu les plus grands classiques des œuvres de science-fiction ou de fantasy, que l’on pense, entre autres, à Asimov, Tolkien ou Lucas. Le défi est de taille et, pour y arriver, je me replonge dans ces classiques, en plus de faire un survol de la nouvelle littérature scientifique et de m’intéresser aux nouvelles découvertes. Mon but ultime est de m’assurer que, lorsqu’un mot sera utilisé dans Destiny, il le sera dans le respect de son histoire, tant passée qu’encore à venir..

Quel conseil voudriez-vous offrir à ceux et celles qui rêvent de venir rejoindre les rangs de l’industrie du jeu vidéo ?

CB : Soyez bien conscients de tout ce qu’un tel job implique. Soyez prêts à travailler dur. Et quand vous penserez travailler dur, travaillez encore plus dur. Et surtout, ne baissez jamais les bras. Ce sera difficile. Il vous faudra très certainement faire des sacrifices. Mais sachez que ça en vaut largement la peine. Si c’est vraiment ce dont vous rêvez et si vous croyez sincèrement pouvoir offrir quelque chose à l’industrie, alors lancez-vous. Difficile de dire jusqu’où vos rêves pourront vous mener. Dans mon cas, ils m’ont menée jusqu’ici, et croyez-moi, pour rien au monde, je n’échangerais ma place.  

Et voilà. Celle qui donne une seconde vie aux mots des autres voit maintenant les siens subir le même sort. Mon travail ici est achevé, mais celui de Céline ne fait que commencer. Nous avons des pages et des pages d’histoires à raconter dans Destiny, et nous comptons bien le faire dans le plus de langues possible, le français étant l’une d’entre elles. Si, pour votre part, êtes plus à l’aise dans un langage binaire ou encore préférez vous exprimer à travers l’art, nous sommes à la recherche de gens comme vous. Jetez un coup d’œil aux archives de Tout sur... pour trouver une voie qui vous convient mieux que celle des mots.

*En français dans le texte.
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